Le
sujet de l’inconscient
et le désir à l’œuvre dans la science
Vendredi
21 et samedi 22 septembre 2012
Le
Mans
Argument
Le livre de Sophie Marret-Maleval, L’inconscient aux sources du mythe moderne est
à l’origine de cette manifestation. Nous proposons qu’il en constitue le fil
directeur. Sophie Marret prend appui sur la littérature anglo-saxonne du XIXème
siècle, au cours duquel triomphe le discours de la science. À cette époque
nourrie d’idéaux scientifiques, on rêve de trouver l’explication positive de
l’univers. Cette montée en puissance du discours scientifique a pour effet
l’exclusion de la subjectivité qui fait retour par la voie de l’inconscient. C’est
en homme de science, imprégné de l’esprit de son siècle, que Freud découvre la
psychanalyse, précédé par l’artiste. Soixante ans plus tôt, Mary Shelley écrit Frankenstein suite à une discussion sur « la nature du principe
vital » et au rêve éveillé qu’elle fit ensuite[1].
La croyance en Dieu est à ce moment encore dominante, et le triomphe de la
science au XXème siècle aura pour conséquence de dévoiler
l’inexistence de l’Autre, l’absence de garantie quant à la vérité[2].
Les idéaux chutent. Le lien social s’en trouve profondément affecté, car « un
discours, avance Lacan, c’est ce qui détermine une forme de lien social.[3] »
Le mythe le démontre.
Le
rêve de Prométhée qui a d’abord créé les hommes avec un corps similaire aux
dieux, puis leur a dérobé le feu, est en
adéquation avec le rêve de la science.
Créer la vie, prendre la place de Dieu : les « sciences biologiques rêvent
aujourd’hui de donner une signification à tout le réel, de le couvrir sans
reste[4]
». Idéal de savoir absolu. Illusion d’un réel dominé, compté, nommé. Frankenstein ou le docteur Robert Ledgard, le héros de La piel que habito, sont des scientifiques
qui repoussent les limites de la science mais aussi transgressent les limites
de la loi. Le monstre
de Frankenstein en est un bizarre et angoissant résultat, issu de
quelle étrange copulation ? La science produit son a, le monstre sans nom. Pourtant par un étrange déplacement,
Frankenstein est également devenu le nom de ce monstre, dévoilant ainsi la part
monstrueuse de Frankenstein lui-même. Dans le film
d'Almodovar, le scientifique veut créer ce qui n’a jamais été créé, transformer
un être humain, faire revenir dans un autre corps la femme aimée, dotée d’une
peau de synthèse, ininflammable. Rien ne l’arrête. Ces expériences se font en
silence, cachées, hors du monde. Dans chacun des deux films, il s’agit d’un
forçage, d’un leurre, la forme de la créature ne dit pas ce qu’elle est.
Si « la science est une idéologie
de suppression du sujet[5] »,
dans ces fictions, le monstre de Frankenstein et Vera refusent le statut
d’objet qui leur est assigné et réclament leur statut de sujet[6].
Pour exister, ils n’ont d’autre solution que la mort de leur créateur. La
réaction, l’éprouvé de chaque sujet, son choix indiquent que sous la peau
greffée, le désir, la jouissance dont le sujet est marqué reste irréductible.
Pour les conversations consécutives
aux films et celles des tables rondes, nous réunirons
autour de Sophie Marret-Maleval des psychanalystes qui sont aussi médecins,
gynécologues, dermatologues, ainsi que des enseignants en histoire,
philosophie, lettres et Art, afin que ces échanges nous enseignent mutuellement.
[1]. Marret-Maleval S., L’inconscient aux sources du mythe moderne,
Rennes, PUR, 2010 p. 20-21. 2. Ibid.,
p. 56. S. Marret indique que l’absence de garantie de la vérité a été formulée
par J-Alain Miller et Eric Laurent. 3. Lacan J. Le séminaire, livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, p. 76. 4. Ansermet F., « L’éloge de
l’incommensurable », Revue Mental, n°25, Psychanalyse, science et scientisme, mars 2011, p. 132. 5. Lacan J., « Radiophonie »,
Scilicet, 2/3, Seuil, 1970, p. 55-99, p. 89. 6. Marret-Maleval S., L’inconscient
aux sources du mythe moderne, op. cit.,
p 57.
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